Je suis venue vous dire que je suis très contente des dix années passées en votre compagnie.
A toi, le vieux, je pourrais reprocher ton air bougon, tes pieds un peu baladeurs, aux intentions malsaines surtout quand j’ai un peu brutalement visité les plates-bandes de ton potager ou que j’ai caressé de trop près les cactus qui s’épanouissent sous la véranda. Malgré tout, c’est à toi que je dois mon petit déjeuner quotidien et ceci compense bien cela.
A toi, la vieille, je reconnais plus de douceur et de mansuétude, et je te sais gré de m’offrir chaque jour tes genoux accueillants- oh ! Je ne suis pas dupe, je sais que tu y trouves ton compte, toi qui a toujours froid ! Quoiqu’il en soit, je préfère leur moelleux et leur tiédeur à l’atmosphère- certes confortable mais sans commune mesure- de mon panier. Je mettrai également à ton actif les petites noisettes de beurre dont tu me gratifies pratiquement chaque matin, elles m’aident à continuer à avoir un poil brillant malgré mon grand âge.
Je voudrais en profiter pour te présenter mes excuses en ce qui concerne ces petites mésanges que tu aimes tant et que je ne peux m’empêcher de pourchasser ; j’ai un peu honte, mais c’est plus fort que moi : lorsque je les vois perchées à hauteur de mes yeux, il me vient des démangeaisons dans les pattes et je ne peux retenir mon élan. Conviens que ce n’est pas dramatique car elles sont prestes et agiles et moi, vieille et arthritique (comme toi !)
Voilà ce que je voulais vos dire à tous les deux, j’espère que malgré tout, vous ne regrettez pas de m’avoir sauvée des griffes de ce vilain vétérinaire qui voulait m’euthanasier il y a de cela maintenant bien plus de dix ans !
J’ose espérer que nous allons encore vivre quelques heureuses années ensemble.
Votre vieille chartreuse affectionnée. Gribouille
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