Vendredi 25 septembre 2009
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Lorsque j’étais une
toute petite fille, j’avais la chance d’habiter un grand domaine, au fin fond de la campagne. J’y vivais en relative liberté, sous la surveillance bienveillante d’une grand-mère, deux tantes, deux oncles et une marraine aux dons exceptionnels. Je passais la plupart de mon temps à jouer avec trois cailloux et deux bouts
de ficelle, ou à coiffer, habiller, déshabiller mes poupées de maïs dès que ces jouets providentiels arrivaient à bonne taille au milieu du
champ.
J’étais donc une petite fille
heureuse et comblée. J’avais, en été particulièrement, un autre centre d’intérêt : l’abreuvoir où les vaches, en fin d’après-midi, venaient se désaltérer avant de réintégrer leur étable où elles donneraient- bon gré, mal gré,- leur lait à la fermière. Cet abreuvoir, quand il n’était pas fréquenté par les bovins,
représentait mon lieu de prédilection ; au grand désespoir de ma grand-mère qui me voyait toujours sur le point d’attraper " une fluxion de
poitrine ",
tant j’en ressortais trempée jusqu’à l’os !
A la fin de l’été de mes deux ans je
crois, mon père eut la bonne initiative de planter au coin de cet abreuvoir deux jeunes treilles qui ne présentaient à ce moment là que des petites pousses vertes, fragiles. De mon poste de jeu,
elles étaient au premier plan, et bientôt, il devint évident qu’elles feraient une délicieuse salade pour mes poupées de maïs. Je procédai donc à une cueillette minutieuse qui ne laissa que
quelques " trognons" sur la racine de vigne. Bien sûr, mon père ne tarda pas à se rendre compte des dégâts. Il n’avait pas coutume de me gronder et il ne le fit
pas ; il m’expliqua calmement ce que représentaient pour lui ces treilles, quels espoirs de récoltes futures il avait imaginées, mais que cela demandait du temps, de la patience et du soin,
ce qui n’était pas exactement ce que j’avais fait !
J’oubliai vite dans
les jours suivants, et les treilles complètement dépouillées et les recommandations paternelles. Cependant, quelques semaines plus tard, je remarquai que de nouvelles pousses avaient surgi, elles
me semblèrent encore plus appétissantes( !) que les premières et le sermon paternel n’avait pas laissé la moindre trace dans ma petite
tête ! Mes jolies poupées furent donc une deuxième fois invitées à déguster une salade à ma façon. Le soir, lorsque mon père, rentrant harassé
de sa journée de dur labeur, se rendit compte de mon méfait, le ton se durcit un peu ; il me rappela ses recommandations et alla jusqu’à me menacer de la fessée en cas de
récidive.
Et… ce qui devait
arriver arriva ; il fallait bien que ça arrive : je ne sus pas résister à une nouvelle cueillette en voyant les belles pousses toutes tendres reverdir une fois de plus et cette fois,
j’eus droit à ma fessée !! Bien méritée, sans doute, et utile semble- t- il, puisque je n’ai plus jamais eu envie de proposer une salade à mes poupées ; elles ont du se contenter de
gâteaux de terre joyeusement humectés à l’eau de l’abreuvoir. Je vous l’ai dit : j’étais une petite fille heureuse, à ma connaissance, c’est la seule fessée que mon père ne m’ait jamais
donnée.
NB : Les treilles recouvrent actuellement une bonne partie des murs du domaine.
J'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ce petit bout d'enfance pour la consigne de la semaine chez les Impromptus
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